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mardi 28 octobre 2008

MES SÉRIES




















ARTS et SYMBOLES


Adagio

En saisonJardin

Parcours précisLa peau

Intro

La peau individuelle: unique et complexe
Description, Fonctions, Dysfonctions et Transformations
  • Senseurs ondulatoires et tactiles
  1. Perception des ondes
  • Trafic et orifices
  1. Yeux, nez, oreilles, bouche
  2. Nombril et cordon ombilical
  3. Genitalia
  4. Reproduction
  5. Torse et poitrine
  6. Pores et poils
La seconde peau : distinguée, parée et armée
Cosmétiques, Masques, Perruques, Tissus & Vêtements

La peau tertiaire : nomade, sédentaire, et solidaire
Véhicule, Habitat, Communication, Défense et Communauté

L’Art de l’illusion
Danse

Ombres chinoises

Tango
  1. La danse
  2. L’Art
  3. Dans tous ses états

ÉCRITURE

Auteurs marquants

  1. Honoré de Balzac, Edgar Allan Poe, Agatha Christie, Stephen King, Clive Barker, Henning Mankell, Kathy Reichs, Neal Stephenson
Écrits Marquants
  1. Edmond Rostand, Cyrano de bergerac
  2. Jacques Salomé, Jamais seuls ensemble
  3. Dean Koontz, Brother Odd
  4. Platon, La République
Idoles passées

LA MORT

Deuil et changement

  1. Impermanence
  2. Processus
Mort, Deuil et Rites funéraires

MUSIQUE


Musiques Éclectiques

  1. Vinicio Capossella, Barath Rajukamar et le Catfish Blues Trio, Marco Calliari, Diego El Cigala, The Cat Empire, Martha Wainwright, Santana
  2. Joaquĩn Cortes, Norah Jones, Ute Lemper, Gustavo Santaolalla, Goran Bregovic, Gianmaria Testa
  3. Édith Piaf, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Jacques Brel
  4. Vinicio sous les masques

MV ACTUALITÉS

Nouvelles, Communiqués, Invitations, Vernissages, Activités culturelles, etc.


MV BIOGRAPHIES

Petits mots sur la vie de personnes de grand intérêt.


RENCONTRES
  1. Mark Blumberg, Yannick Picard, Laurent Loison, Peter Gnass, X, Franck, RushX, Franck Maurence, Bernard Fonbuté

RÉPERTOIRESVARIA

mercredi 9 mai 2007

Mort, Deuil et Rites funéraires III

Cette troisième partie se veut académique et personnelle à la fois. Une recherche du juste milieu.




Ces dernières années, j'ai enrichi mon rapport à la mort en "désherbant" le jardin qu'est ma vie. En renouant avec la mort et en éliminant enfin le mortifère. Je vous parle en jardinière car je suis animée d'une grande passion parallèle à l'introspection: les atmosphères de la nature végétale. Je me dis passionnée, mais je ne connais pas très bien l'objet de ma passion, nous en sommes encore à un stade d'apprivoisement. Après tout, mes pieds sont en ville, sans motorisé, et quasi tout le temps sur le béton. C'est d'un élan affectif, naturel dont je fais état. J'ai bien tenté un cours en horticulture, mais j'ai manqué de sous pour le terminer. Ce qu'il m'en reste c'est surtout des notions de compostage, de conduite et d'entretien mécanique de tracteur!


Néanmoins, je rêve un jour de créer mon propre paysagement, à flanc de montagne, qui permette de se recueillir auprès de sentiers, de ruisseaux, d'étangs, entourés d'une flore luxuriante, sentant frais l'humus. Mon amie Isabelle et moi nous sommes penchées sur la question de nos choix professionnels, cherchant à définir quelle nouvelle activité pourrait nous plaire tout en faisant un revenu raisonnable. C'est là que l'idée m'est venue: et si je joignais l'utile à l'agréable?


J'aime les fleurs, les paysages et jouer dans les jardins. Nos forêts du nord et des Cantons de l'est sont menaçées par le développement sauvage de projets immobiliers et ont besoin de protection. L'idée d'être coupée, depeçée, vidée de mon sang, lavée par des inconnus sur une table en métal dans une pièce asceptisée sentant le formol et autres agents chimiques comparables, après ma mort, est détestable. Celle de me savoir brûlée, vous vous doutez bien pourquoi, est encore plus nulle. Et la nature, ça se nourrit d'humus et de compost, c'est préférable aux produits chimiques qui brûlent nos terres. En almagamant tout cela, j'eu l'idée de transformer les corps en compost pour nourrir des jardins, faire du reboisement, et faire pousser des fleurs pour la vente (une forme d'auto-financement peut-être), ou pour faire des bouquets que les familles pourraient appporter chez eux. En faire un lieu de célébration de la vie, un terre res nullius pour l'éternité! Mettre à profit une longévité naturelle de l'énergie contenue dans la matière. En faire un nouveau rituel mortuaire. Pourquoi pas? C'est innovateur et certes pas encore un créneau compétitif.


Bon, même Isabelle a fait la grimace, mais positive, elle a tenu à m'encourager. C'est là que j'ai développé une approche plus académique face à la mort, question de me faire un portrait de la situation économique de la gestion de la mort au Québec. Étape no. 1 de tout plan d'affaires, obtenir une vue d'ensemble. Puis, voir ce qui se fait ailleurs dans le mouvement vert. Parce que quelque soit l'idée que l'on ait, il y a toujours quelqu'un sur la planète qui y pense avant ou en même temps. J'ai trouvé que les gens qui s'occupe de la mort sont en général, chaleureux, empathiques et ont beaucoup d'humour. Comme les corporations ont beaucoup de pouvoir dans ce milieu, ceux qui pensent à des méthodes alternatives, partent de très petit et font face à l'énorme problème de se créer un réseau d'affaires subversif, de contrer la résistance au changement de la culture en place. Ça c'est quand ils n'ont pas de problème de fonds financiers, à obtenir des propriétés protégées ou des permis d'opération. Il faut penser hygiène publique. Autonomie financière. Et il faut que ce moyen alternatif offre ce que les autres n'offrent pas: un service à la population réellement moins coûteux, plus en accord avec la conscientisation environnementale. Et surtout, il faut des adeptes. Hum.



C'est lors de la lecture de Stiff: The curious life of human cadavers, que j'ai découvert le projet de Susanne Wiigh-Mäsak et son procédé appelé Promessa. Elle réussi à composter les restes humains en quelques heures afin qu'ils soient absorbés par la terre en moins de six mois. Il y a ici, une possibilité de vivre la mort avec amour et détachement, de vivre la mort comme un passage, comme une transformation de la vie. L'azote liquide, l'élément indispensable de son procédé, est coûteuse. Pour moi, c'est un hic. Cela ne serait pas innovateur que de faire payer très cher le retour à la terre. Aussi, un hachis de viande gelée une fois décongelé, n'a certes pas la même cohésion au goût qu'un steak saignant. Est-ce que la nature peut faire la différence? Ou bien est-ce souhaitable d'obtenir une formule uniforme pour obtenir un compost optimal? Biologistes, micro-biologistes, horticulteurs chevronnés à mon secours! Mais aussi philosophes, physiciens et passeurs d'âmes! Ma question qui peut choquer les sensibles, est en fait en relation avec la nature de la Vérité et des lois régissant l'Univers. N'est-il pas notre devoir quand on crée une conception neuve de la mort, de l'aligner de manière responsable et sensée, au meilleur de notre connaisssance avec la vraie nature de la vie? Sans fausse prétention.


La mise en terre de cadavres au naturel dans un linceul ou un contenant bio-dégradable prend une très longue période à composter, et peut poser des problèmes de polluants. En fait, ils compostent là où ce n'est pas nécessairement utile, trop profond dans la couche terrestre. En revanche, ce processus ne se préoccupe pas vraiment de questionner ce qui nourrirait la terre sans l'obstruer, ou l'occuper si longtemps. Comment se vivrait le calendrier du jardinage autour du lieu d'enterrement si ce n'est pour mimiquer ceux des cimetières actuels? Je serais mal à l'aise de retourner la terre si je suis pour déloger un os ou autres parties des défunts qui éventuellement remonteraient seuls à la surface. Aussi, l'idée de marcher sur des cadavres, même si placés six pieds sous terre, me bouleverse un peu. Question de respect. La plupart des gens règle cette question en plaçant un arbre ou un arbustre sur l'emplacement de la sépulture, où il pousse à l'instar d'un totem animiste, en remplacement de la pierre tombale. Mais pour qu'un jardin soit beau, quelqu'un doit orchestrer la nature avec un quelconque plan d'aménagement!!! On ne peut pas planter des arbres partout, sinon avec l'idée un jour de se retrouver en forêt! Ce jour venu, pourrons-nous les couper pour entretenir les lieux? Comment choisir un arbre plutôt qu'un autre sans éveiller les hauts-cris des familles des disparus? Pourquoi ne pas laisser la place aux vivants? Rester libres de toute entrave physique, rester souples aux transformations du paysage, tout en demeurant en présence de l'essence énergétique de nos disparus, avec respect de l'orientation usuelle de ces jardins, parcs ou forêts. Pourquoi ne pas réinventer nos moyens de se souvenir de nos morts, de préserver notre histoire avec eux? Il pourrait être question de réviser la fonction muséale, les travaux de généalogie, et de réinstaurer l'Art dans nos jardins. Voyez comme ça mijote...


J'ai une urgence dans ce projet: il me faudrait voir de mon vivant sa réalisation afin qu l'on dispose de ma dépouille dans les circonstances de mon choix. Bien que le tout soit plausible, il me serait difficile d'entreprendre une croisade si complexe. Car, au-delà des questions géo-, bio-physiques et légales, il y a celle du culte. Mon seul pouvoir est de communiquer sur ce propos, d'échanger. Peut-être les gens s'accomoderont-ils à cette idée? Peut-être mes propres idées évolueront sur de nouveaux sentiers? Avec de nouvelles circonstances, de nouvelles sources financières, un temps plus opportun viendra peut-être pour que j'aille de l'avant dans ce dossier. Pour la carrière, par contre, dans l'immédiat, il me faut penser plus pratico-pratique.

lundi 7 mai 2007

Mort, Deuil et Rites funéraires II

Cette seconde page est pour faire état de mon expérience personnelle avec la mort. Pour faire la contrepartie au texte aride bien qu'informatif qui précède.



J'avais onze mois quand la fournaise du magasin de mon grand-père a explosé. Mes parents et moi habitions à l'étage supérieur en appartement. Ma gardienne était dans le bain et n'entendit pas la déflagration. La porte de la toilette était fermée. La radio et elle chantaient à tue-tête. Elle ne sentit pas la fumée. Pourtant, l'odeur d'huile et de bois brûlés était tenace. Je me rappelles avoir regardé du haut de la galerie avec fascination les camions rouges des pompiers. Ces derniers s'affairaient à dérouler de longs boyaux. Ils étaient habillés de longs manteaux qui semblaient lourds. Armés de haches, ils traversèrent une foule de balourds et de curieux s'agglomérant en leur sommant de s'éloigner. Le soleil plombait, ce devait être près de l'heure du dîner. Ma mère arriva en trombe de son travail en hurlant. On l'empêcha de monter ce qui attisa sa colère et son hystérie. Elle invectivait à volonté, elle était hors d'elle. On me sommait de rester là et on criait le nom de la jeune étourdie. Les pompiers sont montés et nous ont sortis sans problème. Ma première expérience intense, hormis celle de ma naissance, fut de vivre la réaction de ma mère devant le danger imminent, devant la proximité de cette limite finale, celle de la mort. J'avais maintenant en miroir l'inquiétude et la colère en toile de fond, sa peur à elle. On a tout perdu à cause du dommage de la fumée. Ce fut la raison de notre premier déménagement, d'une nouvelle garde-robe et d'une nouvelle gardienne.


Nous vécûmes trois ans près de l'épicerie. C'est là que je me fis mes premiers amis, les enfants des voisins inmmédiats. J'observai que chaque famille vivait à des rythmes différents, avec des priorités différentes. C'est à cette époque que j'eu mes premiers cours de diction et de bienséance et que je fis ma pré-maternelle privée. Outre cela, j'avais des rapports quotidiens avec des personnages tel la gardienne (j'en changeai trois fois); le facteur qui me conseillait de ne pas coller ma langue sur la glace de la rampe en fer forgé; le boucher qui m'offrait du boudin à chaque fois que je passais devant son comptoir (Erk!); le chauffeur de taxi que j'appela toute seule au téléphone en mimiquant le geste quotidien de ma mère pour qu'il vienne me conduire moi aussi à son travail; ou notre chambreur, André, qui aimait l'art et les belles choses et avait la patience de répondre à toutes mes questions. Sinon, tous les samedi, je jouissais d'un bain de foule juste à circuler dans ma décapotable rouge devant notre maison, c'était jour d'épicerie.


Peu de temps suivant la naissance de ma soeur, nous déménageâmes de nouveau dans plus grand, plus moderne, plus luxueux, plus lumineux... à deux coins de rue. À quatre ans et demi, c'est loin. Les premiers temps, André ou mes amis vinrent rendre visite, puis plus rien. J'avais de nouveaux voisins, mais ce fut difficile de les apprivoiser. Je m'ennuyais de mes autres amis. Mais, ceux-ci m'oubliaient vite. Avec le temps, je parvins à créer de nouvelles habitudes avec mes voisines. Louise Ménard et Dominique Santoire. Elles étaient très différentes l'une de l'autre, et très différentes de tous ceux que j'avais connu jusque là. La maison de Louise était ténébreuse et ses parents, vieillots, son père plus menaçant, mais elle était plus libre. La maison de Dominique était une vraie ruche animée, qui à tous les jours éclatait de rires et de joie. Chez moi, c'était beau et vide. Le silence pouvait y être oppressant. J'y passais souvent mon temps à regarder la poussière suspendue dans les airs que la lumière chatoyait. Heureusement que cela me fascinait, car les gardiennes s'occupaient des tâches ménagères et ne jouaient pas avec moi. La maison devenait animée seulement quand mes parents revenaient du travail. Il n'y avait plus de mouvement de foule, mais une circulation assidue de gens. Nous étions sur le chemin de l'école des garçons et de l'église. C'est à cette époque que je fis ma maternelle et ma première année privée dans une école à la pédagogie alternative pour cette période, et que j'entamai ma deuxième et troisième année à l'école du quartier tenues par des soeurs et, scandale, par les premiers enseignants laïcs du réseau public. Je ne vivais pas bien tous ces changements radicaux de milieux, de liens, mais personne ne semblait le relever, mes parents étaient pas mal accaparés par le nouveau bébé, quand ils étaient là.


Mon premier mort fut James. Mon cousin James. Ma soeur était venue au monde un an plus tôt. James venait me voir une fois par semaine en vélo pour passer du temps avec moi, ce qui donnait un petit répit à ma mère. Il faisait le long trajet, traversait le pont Concorde pour se rendre jusqu'à LaProvidence. Il avait tout juste 11 ans et moi 5. Je me rappelles de ses yeux bruns de biche avec ses longs cils, des yeux doux et tendres. Il était très attentionné à moi. Il promettait toujours qu'il prendrait bien soin de moi à ma mère. Il riait beaucoup et me faisait rire aussi. Il aimait dessiner. Nous parlions beaucoup. À chaque fois, je l'attendais à la fenêtre jusqu'à ce que je le vois arriver en vélo et se rendre derrière la maison pour le stationner. J'étais toujours fébrile et heureuse de le revoir. Puis un jour, ils m'ont dit qu'il ne reviendrait plus car il était parti au ciel. Ils ont dit qu'une voiture l'avait happé mortellement. J'ai été inquiète qu'il ait été étendu là seul sur la chaussée publique, blessé ou sectionné à mort, loin de chez lui. Ils n'ont pas voulu que j'aille à ses funérailles. J'ai eu l'impression d'avoir été punie deux fois: ne plus le revoir et ne pouvoir le saluer une dernière fois. Cela m'a manqué. La communion qu'il y avait eu entre nos esprits n'a jamais été dupliquée à ce jour. Mais ce piedestal pourrait être une incidence du deuil ou de mon sentiment d'isolement, de ma solitude.


Dans ma famille, les morts viennent toujours par trois. Dans les semaines ou les mois qui suivirent, il y eu André le plus jeune frère de ma mère mort noyé. Je ne le connaissais pas bien. Mais c'était tragique. Dix-neuf ans, il était avec des amis à la rivière, ils buvaient, ils plongeaient. Il a crampé et n'est plus remonté. Ma mère en a parlé longtemps comme si cela avait été de la faute de ses amis, puis de sa faute à lui. Puis mémère, 97 ans, la mère de mon grand-père. La plus drôle, la plus malcommode et la plus vivante des personnes âgées que j'ai jamais connu. Mauvaise perdante, elle trichait aux cartes et bonne joueuse, elle faisait du tricycle avec nous. Têtue comme une mûle, elle tenait à vivre seule. Elle aimait malmener les gens au caractère mou... et nous tapait des clins d'oeil quand elle réussissait à les faire fuir en pleurs. Elle était haute comme trois pommes, recourbée de surcroît et ne reculait jamais devant son fils de 6'3". Je n'eu pas le droit d'aller au "salon" pour eux non plus. J'étais trop jeune disait ma mère. Bien que j'adorais Mémère, à cinq ans, je trouvais très acceptable qu'elle nous quitte. Par contre, ces décès touchèrent mes parents plus profondément, et l'atmosphère à la maison était celle du deuil. Elle touchait la famille élargie et dans toutes les maisons une atmosphère de repliement sévissait. Des pleurs derrière les portes closes. Des mines basses. Des discussions animées et des commentaires à propos des autres membres de la famille. De l'inattention. Du changement d'attitude. Déconcertant.


Quelqu'un de la famille de mon père qui vivait à la campagne est mort, et nous y sommes allés. C'était la veillée au corps... dans la maison! Le mort était couché dans son lit, entouré de broderies. C'était une vieille personne qui semblait dormir. Il y avait une odeur de maladie et de décrépitude dans la pièce que celles des fleurs n'arrivait pas à couvrir. Et il y en avait du monde. Les femmes étaient toutes vêtues en noir avec des voilettes sur la tête, des mouchoirs de coton à la portée de la main. Les hommes portaient le brossard noir. Il y avait des éclats de pleurs de temps à autres et on éloignait vite la personne dans un coin plus intime en l'entourant d'attentions. Il y avait des moments de prière où tout le monde s'agenouillait pour réciter le chapelet, la pièce aspergée d'encens, la tête penchée. Les gens chuchotaient, les proches sanglotaient, soupiraient, racontaient les derniers moments, se remémoraient le passé, se donnaient les dernières nouvelles. Tant que le prêtre était là tout le monde était sur son 31. Mais dès qu'il quittait, l'atmosphère relaxait, on parlait plus fort, on dénouait les cravates, on roulait les manches, agissant comme si le mort était toujours vivant parmi eux. Les gens mangeaient et buvaient abondamment. Les enfants ne tardaient pas à se regrouper ensemble pour s'occuper, ou étant chassés par les adultes s'ils se faisaient trop bruyants, les laissaient libres de transgresser les limites et faire de l'exploration de la propriété puisque les adultes ne surveillaient plus si bien. Toute ma famille y était, mes oncles, mes tantes, mes cousins, ma cousine. Nous étions en famille élargie parmi d'autres cousins, cousines. Les adultes se connaissaient tous. Certaines de ces connaissances tentaient de me pincer les joues, m'intimidaient, me disait comme j'avais grandie. Et le soir, les enfants tombaient un à un, de fatigue, de sommeil. Je m'éveillai chez moi le lendemain matin et la vie continua comme si rien ne s'était passé.


Il y eu beaucoup de décès dans cette période de ma jeunesse. Ces deuils n'étaient pas personnels. Souvent, vêtue de noir, je me suis jointe à la famille pour accompagner ami(e)s et parents éloignés à leur dernier repos. Après l'inévitable visite au salon mortuaire où l'odeur des fleurs fraîchement coupées et légèrement réfrigérées nous prenait le nez, nous faisions partie des longues processions qui menaient du salon à l'église et de l'église au cimetière. Souvent, il faisait lourd, froid, venteux et pluvieux, le temps de dire adieu. Aucune des cérémonies ne se ressemblait, car le rapport à la personne ou celui qui était entretenu avec la religion changeait imperceptiblement selon les familles, les bourses ou les années.


Parce que mon père désirait ouvrir un second commerce, nous avons changé de résidence à nouveau. De Saint-Hyaçinthe, nous avons emménagés à Beloeil, où nous sommes restés cinq ans. Jusque là ma vie avait été scandée hebdomadairement par la visite dominicale chez mon grand-père paternel où je retrouvais mes cousins et ma cousine. C'était ma principale activité de socialisation. Bien qu'on leur rendit visite de temps à autres dans les années qui suivirent, il n'y eut plus jamais la même proximité. Je devins une étrangère, et bien qu'il sont toujours ma famille et que ce lien soit indéniable, ils me devinrent étrangers.


En jouant dans le quartier un jour, je me retrouvai devant un oisillon tombé de son nid. Cela me prit du temps pour faire du sens de ce que je voyais. Le corps était translucide et n'avait pas de plumes. Le corps était tordu dans une position qui ne semblait pas naturelle, légèrement figé, mais encore mou et flasque. La mère piaillait avec force au-dessus de ma tête semblant m'accuser de lui avoir arraché son petit. Je m'éloignai sans avoir pris le temps de l'examiner à fond. Je sentis une vague d'inquiétude me submerger, comme un faux pressentiment, un mauvais tour de mon imagination.


Une autre fois encore, à la recherche d'aventure dans mon temps de loisir, j'épiai le voisin arrière qui à chaque fois qu'il arrivait chez lui passait du temps dans son garage. Juchée sur le pieu de la clotûre, en équilibre, je l'espionnai. Il dépeçait du poisson. Quand je l'ai réalisai, j'ai crié d'horreur, me sauvant voir ma mère pour lui dire que notre voisin était un meurtrier. Ils ont eu beau m'expliquer, je suis toujours restée sur mes gardes devant de cet homme-là et je n'ai plus jamais regardé par sa fenêtre.


J'aimais bien les petites bêtes. Sous le porche arrière, j'avais trouvé une famille de souris. Je leur avais construit un enclos avec des bâtons de popsicle. Mon père me surprit plusieurs jours plus tard à ce jeu. Et, sur un ton sarcastique m'a dit que nous allions faire une expérience. Il remplit d'eau un bocal de verre, y mit les souris qui nagèrent instinctivement et ferma hermétiquement le couvercle, malgré mes protestations. Après une éternité, elles tombèrent une à une au fond, créant chaque fois une secousse douloureuse au plus profond de moi. Quand la dernière toucha le fond, il me dit: "Voici la leçon: les souris ne meurent pas noyées, elles meurent d'épuisement." Puis, il les déversa dans la bouche d'égoût à la rue. J'eu un sentiment d'impuissance insondable. Mais la raison, que ces petites bêtes étaient une nuisance pour un commerce publique, était tout aussi implacable.

À Beloeil, je fréquentai l'école Dominique-Savio avec des laïcs afin de terminer ma troisième année entamée à l'École Jacques-Cartier de LaProvidence; l'école Marie-Rose avec des soeurs pour ma quatrième et cinquième; puis à l'école Saint-Matthieu dans une classe d'essai d'enseignement alternatif pour la sixième. Cette dernière me poussa à réfléchir par moi-même.

C'est à cette époque, quand j'avais neuf ou dix ans, qu'en cachette, je lu une série de livres du Reader's Digest sur les infâmies de la deuxième guerre mondiale: le sort des juifs, des pauvres, des handicapés dans les camps de concentration et leur extermination. Soutenu par d'abondantes photographies choquantes, très étrangères à l'univers feutré dans lequel ma vie baignait, ce récit a entamé une onde de choc. Si cela se passait ailleurs, qu'est-ce qui nous préservait du fait que cela puisse se passer ici (Horreur!)? Était-il possible de tempérer les gestes qui mènent à ces atrocités (Sagesse!)? Comment pouvais-je jauger l'intérêt que portait mes parents à la littérature sado-masochiste pour exciter leur vie sexuelle, (aussi dénichée en cachette) puisque cela impliquait simuler l'infliction de la douleur et de la prise de possession faite contre la volonté de quelqu'un (Confusion!)? Que dire de toutes les interdictions que mes parents imposaient... contre ma volonté, contre mon, que dis-je, notre, propre sens des valeurs? Vous voyez le topo. La révolte devant la contradiction.


Nous revinrent dans ma ville natale afin de pouvoir débuter mon secondaire en école privée (Congrégation de Marie et laïcité). Nous avons vécu dans une maison en location pour un an. Et dans cette année, toutes sortes d'autres changements ont pris place. J'eu mes premières menstruations. Il y eu le trio maléfique. Mes deux grand-pères sont décédés: le père de ma mère que je ne connaissais pas, qui avait toujours été très présent par son absence; et, mon grand-père qui avait mené sa famille en patriarche autoritaire laissant sa famille désarmée à courir comme une poule sans tête, désarticulant notre communauté familiale. Puis Marie, une soeur de ma mère, de qui on me disait le sosie, morte tuée par la dague d'un amant possessif et dont les restes furent retrouvés dans des sacs à poubelle. Une autre soeur de ma mère a quitté son mari et est venu vivre chez nous avec ses deux enfants. Puis ma grand-mère, vivant seule à présent, est tombée d'une chaise se cassant le bras, ce qui nécessita des traitements quotidiens à la parafine, traitement que ma mère seule savait prodiguer. Je fréquentais une nouvelle école. Et dû à mon nouveau statut de femme, de nouvelles règles de vie très restrictives sont tombées en vigueur sur mes allées et venues. Malgré cela, il y eu le trio bénéfique: Paul, Marc, et André qui sont devenus mes amis, mes ancres dans la tempête. Aussi, je suis devenue la gardienne attitrée de ma soeur. Rapport turbulent, nous étions toujours en chicane. Une année bouleversante pour moi. J'ai coulé mon latin car je préférais me réfugier à l'heure des lettres mortes dans un local où les soeurs abritaient des chats perdus et affamés, à la recherche du silence et de la tranquilité qui maintenant me manquaient plus que tout. Mais toujours révoltée. Jugée indomptable et indisciplinée, on m'envoya comme pensionnaire dans un couvent de campagne l'année suivante. Mais cela répondit à mon souhait le plus cher.


Pour recouvrir ces souvenirs primaires que je viens d'étaler devant vous, j'ai dû accepter qu'il n'en fût pas autrement. Ces moments de ma vie ont régit comment je choisis de réagir par la suite face à d'autres changements, d'autres disparitions. Ayant enfouis en tout ou en partie mon passé, j'ai eu peine à vivre mon présent. La prise de conscience de ces changements, parfois radicaux, de ces bouleversements profondément significatifs, de la mort de mes proches, ou du mortifère de mes proches forme le tissu propre de ma vie d'où peut-être l'absence de reluctance à en traiter... aujourd'hui. Tout simplement.

vendredi 4 mai 2007

Mort, Deuil et Rites funéraires I

La mortalité n'est pas un sujet macabre. Après l'inspiration, c'est l'expiration. C'est le propre de la vie. Dans notre société, vieillissement et obsolescence font pressentir un peu trop la proximité de la mort. On la combat farouchement par la jouvence, la nouveauté et le divertissement. La mort, en revanche, semble générer une activité intensive afin de réduire notre déni. Déni en soi comme en l'autre du passage du temps et du changement suscite beaucoup de tensions pour nous rappeler à une vie plus clémente. L'inertie, le statu quo, l'absence de sens critique dans la société qui obligerait le regard à la fois sur ce qui vit et ce qui meurt est une mort symbolique. La peur excessive de mourir, c'est la peur de vivre... Plus on garde la mort à distance, plus elle nous assaille... avec violence. Mais, il y a peut-être de l'avenir à vouloir retarder le moment final, la cryobiologie se penche sur la question.


Il peut arriver que l'on puisse mourir par choix, le nôtre (suicide (1, 2, 3), euthanasie (1) ou celui de quelqu'un d'autre (avortement (1), homicide, peine de mort (1), génocide (1)), seul (maladie, vieillesse*) ou en même temps qu'autrui (suicide par pacte, suicide collectif, guerre (1)). Il y a les accidents hors de la volonté de quiconque de nuire et les désastres naturels. Il y a 1001 manières de mourir, mais 23 catégories de causes de décès.

* "Mourir de vieillesse, c'est une mort rare, singuliere et extraordinaire, et d'autant moins naturelle que les autres : c'est la derniere et extreme sorte de mourir : plus elle est esloignée de nous, d'autant est elle moins esperable : c'est bien la borne, au delà de laquelle nous n'irons pas, et que la loy de nature a prescript, pour n'estre point outre-passée : mais c'est un sien rare privilege de nous faire durer jusques là. C'est une exemption qu'elle donne par faveur particuliere, à un seul, en l'espace de deux ou trois siecles, le deschargeant des traverses et difficultez qu'elle a jetté entre deux, en cette longue carriere." Montaigne, Essais - Livre I


La mort délimite la vie. C'est sa cessation. Une minute tu y es, l'autre tu n'y es plus. La mort, c'est personnel. La mort est une fin et un changement à la fois. Car une personne disparaît, passe à trépas, retourne à la poussière, et tous ceux qui étaient connecté à elle apprennent à vivre sans, en aménageant le vide, en transposant, projetant, remplaçant tout cet espace physique, affectif, imaginaire que l'autre occupait, sans l'oublier. C'est peut-être pour cela que la mort d'un enfant est si douloureuse, nous les parents, avons tellement de rêves pour eux, et pour leur bien nous leur sommes si attachés. Inévitablement, nous sommes placés devant notre propre finitude quand celle d'un autre arrive, ou lorsqu'on la voit de trop près soi-même, peu importe la circonstance. C'est un processus qui revient souvent, obligatoirement, dans la vie que d'avoir à faire face à la mort, faire face au temps souvent trop court qu'il nous reste à vivre, à notre fragilité, ceci nous ramène au sens que nous donnons à notre propre existence.


L'affaire la plus pressante: disposer du corps. Pour des raisons d'hygiène, de salubrité, de santé publique, au Québec, la loi (1, 2, 3, 4) impose que la préparation, l'embaumement, la crémation ou l'incinération (1) des défunts se fasse dans un délai allant de 6 heures à 48 heures après le constat de décès.
Pour les dons d'organes et de son corps aux arts et à la science, sort appliqué aux cadavres non-réclamés, cela doit se faire dans les 48 heures. Mais attention, il existe des restrictions pour ceux qui meurent de maladies contagieuses, ainsi que pour les criminels et leurs victimes. Même dans la mort, ils demeurent des éléments de preuve potentiels et sont marginalisés, sujets à l'exhumation. Des exceptions peuvent s'appliquer à ceux qui meurent loin de leurs proches ou qui sont réclamés au loin par leurs proches, car cela entraîne des délais incontournables.

L'industrie de la thanatopraxie, composé de compagnies multinationales, de coopératives funéraires et de quelques particuliers indépendants, pratique un fort lobbying auprès des créateurs de lois afin de maintenir leur monopole sur cette clientèle cadavérique fidèle et régulière, une source de revenu qui ne tarit pas. Elle hérite officieusement de l'ensemble des activités autour de la mort et des restes humains, qui ne sont pas sans risques, hormis peut-être la gestion des cimetières (1, 2, 3, 4, 5, 6), qui relèvent de la gestion des municipalités. Du moins, en Ontario sont-ils des services divisés par la loi. Le marketing de la mort sous la forme des pré-arrangements est devenu un produit comme un autre, réduisant au goût du jour du futur défunt cette importante étape de vie de ceux qui lui survivront. L'imposante présence de ces géants rend difficile de concurrencer leur influence afin de modifier les lois pour permettre l'éclosion de nouvelles pratiques (1) tel passer "de la poussière au compost" moins onéreuse et indigeste pour le sol ou celle strictement soucieuse d'une mise en terre verte (1, 2) souvent acompagnées de la plantation d'un arbre, d'un bosquet ou d'une plaque. Je ne manque pas de faire un parallèle avec l'industrie de l'automobile, ou celles des pays pétroliers qui ne voient pas d'un bon oeil le virage vert, car c'est pour eux une mort annonçée de leur économie. D'où, pour faire répartie, l'éclosion des hybrides à revenu équivalent et à consommation légèrement plus faible que les voitures à grande consommation de pétrole, leur permettant de garder le monopole. Les hybrides mortuaires sont les services à la carte personnalisés. Qui dit changer cette lancée économique, dit opposants, car il y a toujours des gardiens de la tradition pour faire prévaloir, malgré eux, la vertu du pouvoir économique.


Les rituels funéraires ont de l'histoire, selon les pays, les religions. Échappant aux différences culturelles, certains métiers sont essentiels à la mort. Sur le terrain: celui de fossoyeur, et du fabricant de monument. L'annonce publique du décès, via les rubriques nécrologiques, est un art en soi, pour laquelle bien des écrivains et journalistes refusent encore de se conformer à une formule toute faite. Ce n'est pas le lot de tous. Ces condensés de vie se veulent une historiette de la biographie du disparu. Les fleuristes aussi, de tous les temps ont bénéficié de la mort.

Si nos petites bêtes n'ont pu être réchappées in extemis du manque de souffle, les rituels funéraires s'étendent même à leur disparition. Disposer d'un cadavre animal n'est pas évident, cela relève des règlementations municipales (SPCA ou Berger Blanc). Les frais incombent au particulier, sauf si le corps du défunt animal est sur la voie publique où cela relève de la Municipalité. Trouver de l'information sur ce qu'il leur advient après est difficile. Les carcasses d'animaux de ferme se retrouvent dans l'industrie des sous-produits de l'alimentation. On se doute bien que quelque part dans l'histoire, nous devrions relever les activités de la pharmacologie... Mais vous avez la possibilité de choisir: crémarium, cimetière (1) ou hommage virtuel (1) pour le salut de l'âme des petits animaux.


Lorsque vient le temps de pleurer celui ou celle que l'on a perdu et faire son deuil, cela est parfois difficile et nous pouvons avoir besoin d'une aide ponctuelle. La soudaineté, l'injustice et la violence d'une disparition prématurée peuvent laisser des traumatismes. Un retour sur nos valeurs spirituelles s'avère souvent nécessaire pour faire du sens de notre expérience.

Les rites funéraires seraient à l'origine de l'Art. Du moins, l'histoire est mise en relief par l'art que l'on retrouve dans lieux de sépulture. Et les sciences judiciaires (1, 2, 3, 4) contribuent à l'histoire en analysant les restes humains et les artefacts. Les séries télévisées CSI (f), de style polar, sont très en vogue. Kathy Reichs qui est anthropologue judiciaire pour la province du Québec et pour l'état de la Caroline du Nord, a écrit une série de romans d'investigations policières, très populaire, grandement inspirée de son propre vécu. Dès la découverte d'un crime, l'entomologie (1, 2) ou l'étude des insectes, peut déterminer l'heure de la mort. La généalogie se sert des entrées de livres, des pierres tombales, pour retracer le passé. Ce qui pose le problème de la reconstruction du passé à partir de sites verts où en deça de six mois tout est absorbé par la terre, sans laisser de traces.
On retrouve le thème de la mort dans toutes les sphères des arts créatifs, de la sculpture, la littérature et la musique. La série télévisée Six feet under (f) a su dépicter avec imagination, sensibilité et exactitude l'expérience d'un centre funéraire familial indépendant. La mort peut même être un thème de villégiature. Lieu de visite touristique réputé, le cimetière du Père Lachaise est un panthéon des morts. N'oubliez pas les catacombes, l'ossuaire municipal de Paris. À Montréal, on peut trouver un circuit de promenade dans nos cimetières. Nouveau phénomène social de notre temps et à travers le monde, les jeunes endommagent (1) les cimetières en jetant les pierres tombales par terre, ou en inscrivant des messages haineux sur ces dernières.
Plus dérangeants, les sujets marginaux du cannibalisme (1, 2) de la nécrophilie (1, 2), et du vol de cadavres inévitablement liés à celui de la mort, peuvent bien nous donner des frissons, mais demeurent des survenances possibles.
Pour ceux qui aiment vraiment le sujet, il y a un forum sur tout ce qui se rapporte à la mort.
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